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un pourcent pour la planete


Les peuples autochtones souhaitent être reconnus pour leur contribution dans le ralentissement du changement climatique


En quelques années à peine, la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) est devenue une préoccupation majeure pour la communauté internationale, aujourd’hui bien consciente que le réchauffement climatique mondial qui en découle va avoir des répercussions socio-économiques dramatiques pour la planète.

Principale cause de dispersion de carbone dans l’atmosphère, la combustion des énergies fossiles est le premier facteur sur lequel nous pouvons agir. Cela s’est concrétisé par une série de mesures visant à réduire notre consommation énergétique (efficacité énergétique, réduction de notre empreinte écologique) tout en stimulant le recours aux énergies renouvelables. Or ces décisions s’avèrent nettement insuffisantes dans un contexte mondial de croissance démographique et économique chaque fois plus énergivore et destructeur d’espaces naturels. Conséquence logique de cette situation, la déforestation essentiellement concentrée en zone tropicale (Amazonie, Afrique centrale et Malaisie/Indonésie) est devenue la seconde cause du réchauffement climatique, soit entre 20 et 25 % dans les émissions mondiales de CO2.

Face à cette problématique pourtant urgente, pays riches et pays du Sud se renvoient la balle depuis maintenant plus de dix ans. Au Nord, on considère que les pays en développement doivent aussi faire des efforts et prendre rapidement des mesures concrètes. Au Sud, on met en avant que les pays riches ne doivent pas compromettre le développement des plus pauvres et donc financer massivement la lutte contre le changement climatique dont ils sont historiquement les principaux responsables…
Durant toutes ces années afin de dépasser ces antagonismes, mais surtout pour éviter de payer la facture écologique, on a misé sur des mesures visant à orienter progressivement l’économie de marché vers des choix plus écologiques. Ainsi sont nés les Mécanismes de Développement Propres (MDP) et un marché libre du carbone très dynamique. En fait, les résultats sont bien décevants, voire catastrophiques : ils ont en particulier favorisé de manière pernicieuse la disparition des forêts anciennes au profit des plantations de palmiers à huile ! Mais surtout, la déforestation s’est accélérée1



A la Conférence de Bali fin 2007, est apparu sur le devant de la scène un nouvel engagement possible, la « déforestation évitée » avec à la clé d’âpres discussions toujours en cours pour la mise en place d’un mécanisme que l’on espère plus efficace : la REDD (Réduction des Emissions provenant de la Déforestation et de la Dégradation des forêts). Celui-ci s’inspire d’un précepte pourtant évident mais longtemps négligé : « Avant de reboiser, il faut ralentir la déforestation »2.

Les arguments ne manquent pas. Tout d’abord, une forêt tropicale renferme deux à trois fois plus de carbone qu’une plantation, il faut donc protéger ces stocks et tout faire pour ne pas les relâcher dans l’atmosphère. Fait nouveau, les scientifiques ont démontré que le bilan carbone des forêts tropicales matures, c’est à dire à l’équilibre, n’est pas neutre comme on le pensait depuis 40 ans, mais positif : elles stockent en moyenne chaque année 1 tonne de carbone par hectare, soit au total 2 milliards de tonnes de carbone par an, représentant au moins 10 % de la capacité de séquestration du carbone sur terre.
Rappelons d’autres arguments, plus généraux cette fois-ci, à ne pas oublier : la biodiversité des forêts tropicales source de richesses, leur rôle dans le cycle de l’eau, la rétention de l’humidité sur la ceinture équatoriale et son rôle déterminant dans la stabilité des grands courants et climats mondiaux, leur importance socio-économique pour plus d’un milliard et demi de personnes vivant directement à proximité.

Si tout le monde est d’accord pour stopper la déforestation, c’est la manière pour s’y prendre qui pose problème. Toutes les ONG environnementalistes tirent la sonnette d’alarme pour rappeler qu’il y a urgence à agir, l’Amazonie pouvant disparaître d’ici à 2070 si rien n’est fait, voire même pour les plus pessimistes, entrer dans un processus irréversible de savanisation ou désertification, dès 2040 !
Mais surtout, elles émettent de sérieux doutes quant à laisser les dernières forêts vierges à la merci du marché boursier des Echanges Carbone3 dont la fragilité est apparue au grand jour en Septembre 2008…
Elles ont choisi de militer pour la création d’un fond international contre la déforestation alimenté par une taxe carbone sur les transports4. Tel un écho, le Brésil, l’Equateur et d’autres pays ont fait savoir qu’ils étaient prêts à s’engager sur un objectif « Zéro Déforestation d’ici 2050 », si la communauté internationale était prête à s ‘unir pour les financer…

De quelle somme parle-t-on ? La Banque Mondiale évalue le coût de la déforestation évitée à 25 USD/hectare/an, soit tout de même la coquette somme de 100 milliards de dollars/an, l’équivalent de l’aide publique mondiale au développement pour l’année 2005 !
En attendant qu’une partie de ces fonds soient votés (peut-être à Copenhague fin 2009), les discussions portent sur la manière la plus adéquate de financer localement l’arrêt de l’exploitation irraisonnée des forêts conduisant à leur destruction. La pression est telle sur le front de déforestation5 qu’il sera très difficile « d’empêcher un pauvre de couper la seule ressource qu’il a à sa disposition pour manger » comme l’a déclaré le président brésilien Lula da Silva… 6
C’est bien là, le centre de toutes les préoccupations : comment en pratique va-t-on pouvoir inverser la tendance face à une cohorte de paysans sans terres vivant en dessous du seuil de pauvreté7 ?

Il est à s’inquiéter que les peuples autochtones soient mis à l’écart de ses aides qui arriveront en priorité sur le front de colonisation, délaissant les grandes extensions de forêts qu’ils ont toujours su préserver depuis des milliers d’années. L’exemple nous est donné par l’Equateur qui vient de lancer fin 2008, le Sociobosque, un programme novateur de « Réserves Forestières Sociales », à financer par la REDD, qui se propose de rémunérer les propriétaires fonciers à hauteur de 30 USD/an/hectare s’ils s’engagent à converser leur forêt intacte. Déjà le gouvernement a annoncé qu’il ne prendrait en compte que 10 % au maximum des territoires autochtones et à hauteur de seulement 3 USD/an/hectare…
Le cas des Indiens Shiwiar d’Equateur est exemplaire à cet égard : 1.200 indiens propriétaires de 210.000 hectares de forêts primaires dont le niveau de vie est très inférieur à la moyenne régionale. Ils ne recevront que 63.000 USD/an (s’ils sont retenus !), soit à peine 52 dollars par habitant et par an, alors que les propriétaires de petites parcelles de forêt de 20 hectares pourront toucher 600 USD/an d’indemnisation, un chiffre insuffisant pour garantir la conservation réelle de ces morceaux de forêts, perdus au milieu des surfaces agricoles.
En fait, l’économie totale des 1.200 Shiwiar est estimée à 410.000 USD/an incluant toutes les aides de l’Etat sous différentes formes et tous les projets d’aides au développement sur leur territoire, soit 2 USD/hectare/an, un chiffre dix fois inférieur au coût de la déforestation évitée précédemment cité. Dans ce cas précis et à l’inverse de ce qui est fait, il serait possible de subventionner une forêt ancienne, grande comme la totalité de l’agglomération parisienne à moindre coût, tout en assurant à ses habitants ancestraux un revenu convenable. Reste que les critères actuels de la déforestation sont jugés par rapport au front de colonisation et non en forêt profonde, ce qui pénalise les Indiens.

Citons d’autres exemples issus de la compensation carbone gérée par l’économie de marché qui défavorisent les peuples autochtones.
L’additionnalité
Un projet est additionnel s'il n'a pu se réaliser que grâce au financement apporté par la vente des réductions d'émission qu'il génère. Toutes les populations qui ont su maintenir une relation durable avec leur environnement sont d’emblée disqualifiées
*. Les aides se portent donc vers les endroits les plus dégradés, déjà déboisés, et notamment vers le reboisement qui produit à court terme un plus grand stockage de carbone…
La permanence
les gains de carbone doivent être assurés pour 100 ans. Les aides se portent sur des projets faciles à mettre en œuvre, comme par exemple l’implantation de moyens de chauffage et de cuisson utilisant les énergies renouvelables qui par ailleurs font tourner la machine économique….
Des réductions de CO2 quantifiables
le projet doit apporter un gain carbone parfaitement quantifié : toutes les zones éloignées, difficilement accessibles, mal connues, vastes ou peu étudiées sont défavorisées, alors qu’elles sont précisément les plus riches en biodiversité…
Absence de fuites
un projet durant sa réalisation ne doit pas générer des émissions de carbone « collatérales ». Les projets dans des parcs nationaux, vides de toute population, sont privilégiés…

Ce sont des situations comme celles-ci qui rendent les peuples autochtones particulièrement méfiants lorsque des programmes gérés par les Etats, par ailleurs minés par la corruption, se mettent en place sur leurs territoires. Ils savent par expérience que les aides ne leur parviennent jamais, qu’ils sont rarement consultés ou que lors de la création de parcs naturels, certaines ethnies furent parfois déportées ou le plus souvent expropriées, faisant par la même les frais de politiques environnementalistes. L’histoire risque donc de se répéter tant il est fait peu de cas du sort des peuples de la forêt.
"Nous voulons exercer notre droit de décider de l'avenir des forêts tropicales. Les populations des forêts qui ne déboisent pas doivent recevoir leur part des bénéfices provenant de fonds internationaux ou des crédits carbone." C’est en substance ce que réaffirmaient 650 représentants autochtones des cinq continents dans la Déclaration de Manaus8 en Avril 2008. Ils s’élevaient déjà en 2006 contre les services environnementaux et les tractations boursières « qui faisaient de l’argent dans les villes tout en continuant à polluer la planète »9. Ils sont bien décidés à faire entendre leurs voix et à être enfin reconnus pour leur rôle actif et déterminant dans le ralentissement du changement climatique.
Cette reconnaissance passe par la restitution de leurs terres ancestrales lorsque cela peut encore l’être, mais aussi par la possibilité de pouvoir gérer leurs forêts, selon leur vision traditionnelle de la nature (ou cosmovision), puisqu’il est établi que la vitesse de déforestation est 17 fois plus faible dans les territoires autochtones que pour le reste de l’Amazonie brésilienne.

A l’heure où « la maison brûle », les forêts autochtones ne doivent pas être oubliées, car elles incarnent encore les principes de vie d’une humanité véritablement durable… Elles ne sont pas une masse de carbone ou des alignements d’arbres attendant sagement que l’homme moderne parvienne à réduire à grand peine son empreinte écologique. Elles sont les partenaires vivants et interactifs d’hommes et de femmes qui connaissent les vertus de l’humilité et de la sobriété.

© Jean-Patrick Costa, 2009 arutam@free.fr

* Dans le cas des Indiens Shiwiar d’Equateur, leur territoire renferme 137 MTC, soit plus que la totalité des émissions de carbone de la France en une année. De plus, leurs 210.000 hectares de forêt primaire mature stockent annuellement 210.000 TC, la tonne de carbone ayant une valeur moyenne sur le marché boursier de 20 €. Sur les quatre critères obligatoires de la compensation carbone, seule l’additionnalité n’est pas remplie : ils ne peuvent donc prétendre à aucune aide et ne sont pas reconnus pour leur contribution au ralentissement du changement climatique.
Ces aides se portent à la périphérie des forêts plutôt que dans leurs centres, les rendant du coup vulnérables à la pression de déforestation ou d’exploitation. Le nouveau système REDD doit pouvoir tenir compte de ce facteur, s’il veut être efficace. En fait, la grande majorité des territoires autochtones amazoniens pourraient être efficacement protégés avec une subvention de 2 USD/hectare/an seulement, c’est à dire pour un coût de la tonne de carbone stocké dix fois inférieur au marché…

Références

1. http://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article8247

2. http://www.amisdelaterre.org/Planter-des-arbres-ou-proteger-les.html

3. http://www.latribune.fr/entreprises/green-business/101408/le-role-de-la-foretreconnu-a-poznan.html

4. http://www.actualites-news-environnement.com/19179-climat-poznan.html

5. http://www.cetri.be/spip.php?article959&lang=fr

6. http://www.avmaroc.com/actualite/bresil-veut-a125959.html

7. http://www.cetri.be/spip.php?article956&lang=fr

8. http://www.climaedesmatamento.org.br/files/general/Declaracao_Manaus_-_frances.pdf

9. Voir : Nous sommes contre les "services environnementaux"
    Voir aussi : Faut-il payer les arbres? Le paiement pour services environnementaux


En complément de cet article, voici quelques réserves sur les mécanismes REDD émises par de nombreuses organisations autochtones qui s'inquiètent à juste titre sur la mise en place de ceux-ci lorsqu'ils sont gérés par des Etats. Il faut savoir que d'autres organisations autochtones ont choisi d'accepter certains de ces mécanismes, comme par exemple la Nationalité Sapara d'Equateur dans le cas concret du programme "Sociobosque" car il apporte une aide effective aux populations locales. C'est ce cas précis qui avait justifié l'écriture de l'article présenté ci-dessus.
ICRA News
L’inclusion des forêts dans le marché du carbone dans son format REDD (Réduction des émissions dues au déboisement et à la dégradation) a été approuvée par le système des Nations unies. En 2009, le Secrétaire général de cette organisation a présenté le programme ONU-REDD, qui est mis en œuvre par trois organismes : la FAO, le PNUE et le PNUD, en étroite collaboration avec la Banque mondiale. Ce programme, composé d’une série de plans et de crédits destinés à compenser les émissions de carbone, a été rejeté par de nombreuses organisations sociales, écologistes et de peuples autochtones, lesquelles ont dénoncé l’initiative REDD en tant que fausse solution au changement climatique.

Le Forum international des peuples autochtones sur le changement climatique a déclaré : “Le système REDD n’avantagera pas les peuples autochtones ; en fait, il provoquera de plus nombreuses violations des droits de ces peuples il nous volera notre terre, il provoquera des déplacements forcés, il empêchera l’accès et mettra en péril les méthodes agricoles indigènes, il détruira la diversité biologique et la diversité culturelle et provoquera des conflits sociaux. Grâce à ce système, les États et les négociants en carbone auront davantage de pouvoir sur nos forêts”.

Même le document-cadre du programme ONU-REDD prévient que ce programme pourrait porter atteinte à certaines méthodes de conservation à but non lucratif, fondées sur des valeurs culturelles, et marginaliser les paysans sans terre et ceux qui ont des droits d’usage collectifs. Or, les marchands de carbone avancent vite. L’Australie et l’Indonésie ont annoncé qu’elles travaillent à deux projets REDD d’échange de carbone d’une valeur de 200 millions de dollars, où les forêts de l’Asie et du Pacifique serviraient à compenser les émissions de l’industrie locale. Pourtant, les organisations vont aussi vite qu’eux pour démasquer l’initiative REDD, qu’elles qualifient de “colonialiste”, et les peuples organisés se prononcent sur la question. Dans un communiqué publié à Puyo, Équateur, le 3 août 2009, la Confédération de Nationalités indigènes de l’Amazonie équatorienne (CONFENIAE) s’est prononcée contre toute négociation environnementale concernant les forêts et elle a annoncé que “toute politique ou activité extractive ou de négociation sur les forêts et la diversité biologique dans nos territoires ancestraux aura des implications inimaginables, dont l’extinction de l’identité des Nations ancestrales et la perte du contrôle et de la gestion de nos territoires qui seront gérés par l’État, par des pays étrangers, par des entreprises transnationales, par des négociateurs de REDD ou par des commerçants en carbone. Le tout apportera une misère, une famine et une pauvreté extrême jamais vues auparavant, comme il arrive aujourd’hui à nos frères indigènes de l’Amazonie septentrionale de l’Équateur en raison d’intérêts géopolitiques, économiques et commerciaux”.

Au vu de ce qui précède, la Confédération a décidé qu’elle “ne participera sans le consentement de ses bases à aucune négociation ni dialogue sur des questions telles que les activités extractives pétrolières ou minières, l’hydroélectricité, le “Plan Socio Bosque”, les affaires REDD, les services environnementaux, etc., car certains organismes, dont l’institution Energía, Ambiente y Población et la Banque mondiale, et les négociants en carbone, en association avec les gouvernements latino-américains, prétendent négocier sur la vie des nationalités et des peuples autochtones et porter atteinte à nos droits territoriaux”.

Leur refus des projets REDD est dû au fait qu’ils “prétendent nous empêcher de gérer librement nos ressources et, en outre, qu’ils ne sont pas une solution définitive au problème du changement climatique, au contraire, ils ne font que l’aggraver”.

En revanche, une réponse authentique, énoncée dans le “Guide à l’usage des peuples autochtones”. Les fausses solutions au changement climatique consisterait à honorer la Terre et le Ciel, ce qui impliquerait de :
  • réduire radicalement les émissions à leur origine
  • adopter des modes de production, de consommation et de développement respectueux de l’environnement
  • promouvoir un changement de modèle : donner la priorité à la planète et aux peuples
  • encourager les énergies renouvelables
  • promouvoir les solutions énergétiques locales
  • réduire, réutiliser, recycler
  • éliminer graduellement les industries extractives
  • payer la dette écologique et annuler la dette extérieure pour canaliser des ressources vers la solution du changement climatique
  • promouvoir la souveraineté des peuples sur l’énergie, les forêts, la terre et l’eau
  • pratiquer la conservation et la gestion des ressources naturelles en se fondant sur les droits de l’homme
  • appliquer la déclaration de l’ONU sur les droits des peuples autochtones
  • démarquer et protéger les territoires des peuples autochtones
  • arrêter le déboisement et s’attaquer à ses causes profondes




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